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Connaissance de soi

L’illusion de l’identité — Déplier le mirage du “je”

9 Mins de lecture26 janvier 2026010 VuesLa rédactionLa rédaction
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Un jour, face à la mer, un homme m’a confié qu’il avait pas­sé qua­rante ans à essayer d’être “lui-même”. Quand je lui deman­dai ce qu’il enten­dait par là, il sou­rit sans répondre, puis ajou­ta sim­ple­ment : « Je crois que je ne sais pas qui est ce “moi” que j’ai tant vou­lu ren­con­trer. » Cette phrase, lan­cée entre le res­sac et le silence, n’a ces­sé de rebon­dir dans mon esprit.

Dans notre monde satu­ré d’injonctions à “être soi”, à “s’affirmer”, à “expri­mer sa véri­table nature”, peu s’arrêtent pour inter­ro­ger sérieu­se­ment ce que recouvre cette iden­ti­té que nous ché­ris­sons. Ce “je” que nous trans­por­tons comme une coquille vide devient par­fois un far­deau, ou pire, un piège. Car s’il est fon­dé sur des paroles emprun­tées, des peurs héri­tées, des gestes copiés, que reste-t-il en lui de véri­ta­ble­ment nôtre ?

La connais­sance de soi, si elle est pra­ti­quée avec hon­nê­te­té, n’a rien d’un che­min plai­sant ou lumi­neux. Elle exige un dépouille­ment sans com­pro­mis, un regard atten­tif sur nos méca­nismes internes, sou­vent inavoués. C’est une exca­va­tion, par­fois dou­lou­reuse, de ce que nous avons tou­jours cru être nous.

Cet article tente d’explorer le thème de l’identité : non pas comme un dra­peau à bran­dir, mais comme une construc­tion mou­vante, une fic­tion dyna­mique que nous habi­tons sans tou­jours en être conscients. En exa­mi­nant ses com­po­santes, ses ori­gines et ses faux-sem­blants, je vous pro­pose un regard oblique, sen­sible et rigou­reux sur ce que signi­fie “être soi” dans un monde qui confond authen­ti­ci­té et image, sin­gu­la­ri­té et auto­pro­mo­tion.

À tra­vers les strates des tra­di­tions phi­lo­so­phiques, les méta­phores anciennes, les décou­vertes récentes de la neu­ro­bio­lo­gie et les frac­tures intimes d’individus ordi­naires, nous allons ten­ter de faire vaciller — avec ten­dresse — cette for­te­resse nom­mée “moi”. Car peut-être est-ce dans l’effondrement de nos cer­ti­tudes iden­ti­taires que com­mence enfin la véri­table vie.


Archéologie du moi : qu’est-ce qui fabrique notre identité ?

Il paraît si natu­rel de dire “je”, de par­ler de “moi”, d’opposer ce que je suis à ce que tu es. Pour­tant, d’où sort cette sen­sa­tion tenace d’être quelqu’un ? L’identité — loin d’être une essence pure — est un assem­blage de mémoires, de traces, d’habitudes, de codes sociaux et de rôles que nous adop­tons sans les inter­ro­ger.

La neu­ro­psy­cho­lo­gie contem­po­raine, notam­ment les tra­vaux d’Antonio Dama­sio sur la “genèse du soi”, montre que ce sen­ti­ment de conti­nui­té per­son­nelle repose sur une coor­di­na­tion com­plexe entre mémoire auto­bio­gra­phique, émo­tions cor­po­relles et nar­ra­tion men­tale. Autre­ment dit, nous ne sommes pas, nous nous racon­tons. Notre iden­ti­té serait donc une fic­tion — certes fonc­tion­nelle — au ser­vice de la cohé­rence. Mais une fic­tion tout de même.

Regar­dons du côté de la lit­té­ra­ture : dans “À la recherche du temps per­du”, Proust décons­truit magis­tra­le­ment cette idée d’un moi fixe. Le nar­ra­teur — qui ne cesse d’évoluer au fil des pages — découvre que son iden­ti­té n’est pas linéaire. “Ce que nous appe­lons notre moi n’est pas un être, c’est une feinte conti­nuée dans le temps.” Feinte, masque, adap­ta­tion per­pé­tuelle.

Un témoi­gnage mar­quant me revient en mémoire : celui d’Amir, un jeune homme de 28 ans d’origine liba­naise, ayant gran­di en région pari­sienne. Un jour, il prend conscience qu’il adapte son lan­gage, son accent, et même ses gestes selon ses inter­lo­cu­teurs : “Je suis un autre, chaque fois. J’ai mis vingt ans à com­prendre que je jouais des scènes sans m’en rendre compte.” Fait curieux : c’est en regar­dant une vidéo d’un entre­tien d’embauche qu’il a com­pris com­bien son corps men­tait. Cette prise de conscience a pro­vo­qué chez lui un ver­tige, une sorte de mini-séisme exis­ten­tiel.

Sommes-nous la somme de nos adap­ta­tions ? Nos iden­ti­tés suc­ces­sives sont-elles des tra­hi­sons ou des stra­té­gies de sur­vie ? Ce “je” que nous défen­dons si vigou­reu­se­ment n’est-il pas, au fond, un vête­ment que nous oublions d’enlever avant de dor­mir ?

Dans quelle mesure avez-vous choi­si ce que vous êtes ? Et quelles par­ties de votre iden­ti­té pour­raient bien ne pas vous appar­te­nir du tout ?


Miroirs déformants : l’autre comme révélateur (ou faussaire)

Nous nais­sons dans le regard des autres. Ce ne sont pas là des paroles poé­tiques, mais une véri­té anthro­po­lo­gique autant que neu­ro­lo­gique. Le socio­logue Charles Hor­ton Cooley par­lait dès 1902 du “loo­king-glass self” : nous nous construi­sons en tant qu’individu en nous regar­dant à tra­vers les yeux des autres, comme à tra­vers un miroir. L’identité devient alors une hal­lu­ci­na­tion sociale, pro­duite par une série de reflets — flous, défor­mants, par­fois hos­tiles.

Pen­sons à l’adolescence, stade cru­cial où l’individualité tente de se démar­quer sous l’effet de la pres­sion des pairs. L’identité qui émerge n’est pas une affir­ma­tion, mais une réac­tion : elle existe contre. Rébel­lion, confor­mi­té, mar­gi­na­li­té choi­sie ou subie — l’identité se bâtit sou­vent dans une dia­lec­tique ban­cale avec l’extérieur. Comme si on avait besoin d’un enne­mi, d’un modèle ou d’un public pour exis­ter.

L’artiste Cin­dy Sher­man illustre cela brillam­ment. Dans ses auto­por­traits dégui­sés, elle devient mille femmes : actrice de film noir, secré­taire ano­nyme, bour­geoise alié­née… Elle n’a pas de visage fixe, que des rôles. En cela, elle dit quelque chose de ver­ti­gi­neux sur notre propre plas­ti­ci­té. Et si toutes nos iden­ti­tés n’étaient que des mon­tages scé­no­gra­phiques ? Si nous chan­gions de masque, de pos­ture, de voix, à chaque envi­ron­ne­ment ?

Je repense à Yvonne, ins­ti­tu­trice retrai­tée, croi­sée lors d’ateliers d’écriture dans le Ver­cors. Elle avait pas­sé sa vie à être une mère, une épouse, une ensei­gnante — jusqu’à oublier ses cou­leurs propres. “Je por­tais des vête­ments que je n’avais pas choi­sis, dans tous les sens du terme”, m’a‑t-elle dit. Après la mort de son mari, elle ne savait plus quoi aimer — ni com­ment se pré­sen­ter. “J’étais un rôle sans script.” Elle n’a pas recons­truit son iden­ti­té, elle a com­men­cé à la désap­prendre.

Qui sommes-nous quand per­sonne ne nous regarde ? Exis­te­rions-nous dif­fé­rem­ment si aucun miroir ne nous ren­voyait d’image ? L’autre est-il un sou­tien à notre être… ou son impos­teur ?


Identité ou attachement ? Ce que le moi refuse de lâcher

S’attacher à une image de soi, c’est s’enfermer len­te­ment dans une cage dorée — puis croire que la clé est une menace. Le moi, dans sa ter­rible logique défen­sive, s’accroche, s’identifie, se contracte. Il fait du pas­sé un fétiche, de ses bles­sures une noble armure, et de sa sin­gu­la­ri­té une fron­tière.

Le boud­dhisme ancien, en par­ti­cu­lier la notion d’anatta (non-soi), sou­li­gnait déjà cette illu­sion du moi comme enti­té stable. Ce qui fait souf­frir n’est pas tant l’absence d’identité, que notre refus de la flui­di­té, notre avi­di­té à “être quelque chose”. L’attachement au soi est la source de l’angoisse : car tout ce à quoi je dis “je suis” risque d’être per­du.

C’est ici que la pen­sée moderne semble rat­tra­per la sagesse ancienne. Les tra­vaux d’Elizabeth Lof­tus sur la fabrique des sou­ve­nirs montrent que notre auto­bio­gra­phie est conti­nuel­le­ment réénon­cée, refor­mat­tée, fil­trée. Nous ne nous sou­ve­nons jamais d’un évé­ne­ment : nous nous sou­ve­nons de la der­nière fois que nous nous en sommes sou­ve­nus. Alors quoi ? Même notre mémoire nous tra­hit ? Peut-être. Mais peut-être ment-elle pour notre sur­vie iden­ti­taire.

Un jour, une amie m’avoue avec humi­li­té : “ Je crois que je m’identifie à mon anxié­té. Elle me défi­nit, elle me garan­tit quelque chose de fami­lier. Si je ne suis pas cette femme anxieuse, qui suis-je ? ” Cette phrase m’a mar­qué. Nous fai­sons sou­vent des pactes silen­cieux avec nos bles­sures. Nous en tirons un sens d’appartenance. Nous pré­fé­rons le connu dou­lou­reux à l’inconnu libé­ra­teur.

Quelle par­tie de vous-même refuse de dis­pa­raître ? Quel rôle por­tez-vous encore, même si per­sonne ne vous regarde ? Que seriez-vous prêt à aban­don­ner si l’identité n’était plus un refuge ?


Au-delà du masque : peut-on habiter l’absence d’identité ?

Et si le vrai cou­rage consis­tait non pas à se trou­ver, mais à accep­ter de ne pas se trou­ver ? À vivre dans ce trem­ble­ment sans nom qu’est la conscience nue ? La ques­tion choque, par­fois dérange. Elle heurte les logiques du confort psy­chique et de la sta­bi­li­té du moi. Et pour­tant…

Cer­taines tra­di­tions mys­tiques, comme le sou­fisme ou le zen, enseignent plu­tôt que de cher­cher à deve­nir quelqu’un, il fau­drait apprendre à dis­pa­raître. “Ô toi qui cherches l’Être, efface-toi”. Non pas dans un renon­ce­ment pas­sif, mais dans une atten­tion brû­lante, où le moi devient une nébu­leuse fluide.

La pra­tique théâ­trale, notam­ment dans le labo­ra­toire du met­teur en scène polo­nais Jer­zy Gro­tows­ki, va dans ce sens : l’acteur n’est pas celui qui inter­prète un rôle, mais celui qui accepte le dépouille­ment de tous les per­son­nages. Gro­tows­ki disait que l’acteur devait “brû­ler son masque dans la pré­sence pure”. Cette approche, étrange en appa­rence, rejoint la pos­si­bi­li­té radi­cale de ne pas s’accrocher à une forme iden­ti­taire stable — mais de vivre dans une inten­si­té sans contour.

Je pense à Ber­nard, un vieil homme silen­cieux croi­sé dans un ermi­tage en Pro­vence. Il n’avait “plus rien à dire sur lui-même”, disait-il. Pas par sou­mis­sion, mais par luci­di­té. “Je ne suis plus per­sonne, je suis là.” Il pas­sait ses jour­nées à tailler des pierres, sans se nom­mer, sans atta­cher son geste à un pro­jet. Sa dis­pa­ri­tion du rôle sem­blait le rendre plus écla­tant, plus vibrant.

Et si l’on arrê­tait de se défi­nir ? De se reven­di­quer. De se revê­tir. Que reste-t-il alors ? Peut-on sup­por­ter l’intensité d’une vie sans iden­ti­té fixe ? Sommes-nous prêts à vivre sans auto­por­trait dans la poche ?


Vivre en lisière de soi : l’espace du possible

Il y a dans l’absence d’identité stable un ver­tige — mais éga­le­ment une grâce. S’ouvrir au non-savoir, au non-per­son­nel, à une forme de nudi­té per­cep­tive, c’est peut-être là que com­mence une autre forme de pré­sence au monde.

Vou­loir être “quelqu’un” dévore tant d’énergie, construit tant de murs, et fait de l’existence une stra­té­gie. Mais se ris­quer à vivre “comme le vent tra­verse le pin” (selon l’expression zen), voi­là une autre affaire. Cela sup­pose une écoute per­ma­nente, une capa­ci­té à s’ajuster sans se tra­hir, à se mou­voir sans mémo­ri­ser les formes.

La connais­sance de soi n’est pas un por­trait que l’on peint pour l’admirer. C’est plu­tôt un agen­ce­ment vivant de per­cep­tions, de ten­sions, de silences. C’est l’observation de nos atta­che­ments, c’est l’accueil des écarts, le doute éri­gé en luci­di­té.

Ce que nous appe­lons “moi” est peut-être, au fond, un évé­ne­ment. Une impul­sion pas­sa­gère dans l’espace de la conscience. Une onde. Rien de stable. Rien de cer­tain. Mais tout est là. Tout com­mence là.

Et si c’était dans le fait de ces­ser de se cher­cher que l’on com­men­çait enfin à s’habiter ?

Et vous, quelle part de votre iden­ti­té pour­rait fina­le­ment ne pas vous appar­te­nir ? Que reste-t-il si l’on ôte les masques même silen­cieux ?

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